Alors que l'épidémie d'Ebola progresse dans l'est de la République démocratique du Congo, les structures sanitaires peinent déjà à faire face à l'afflux de patients. Dans une interview accordée à RFI, l'adjoint responsable des urgences de Médecins Sans Frontières - Suisse, Florent Uzzeni, décrit une situation préoccupante en Ituri. Manque de lieux d'isolement, les retardés dans les tests et les besoins humanitaires grandioses des populations d'autres parties.
La lutte contre la propagation du virus Ebola s'intensifie dans l'est de la République démocratique du Congo. Dans cette région déjà fragilisée par des défis sécuritaires et humanitaires, les autorités sanitaires et les organisations humanitaires tentent d'endiguer une épidémie qui met sous forte pression les structures de santé locales. Déployé en Ituri pour coordonner la riposte de MSF-Suisse, Florent Uzzeni a dressé, au micro de Radio France Internationale, un tableau alarmant de la situation sur le terrain.
Des centres d'isolement déjà saturés
Selon le responsable humanitaire, la ville de Bunia fait face à une saturation totale des espaces d'isolement destinés aux cas suspects d'Ebola. Les hôpitaux, centres de santé et cliniques privées disposant de quelques lits ne peuvent plus accueillir de nouveaux patients.
« Aujourd'hui, dans Bunia, il n'y a plus de place », at-il expliqué, présentant l'urgence de créer de nouveaux centres de traitement afin de tester rapidement les personnes suspectées d'être porteuses du virus et de limiter la propagation de la maladie.
Même constat à Mongbwalu, où les malades restent parfois dans leurs communautés faute de places disponibles dans les centres spécialisés, améliorant ainsi les risques de contamination.
Une capacité de prise en charge insuffisante
A l'hôpital général de Mongbwalu, 24 patients sont actuellement hospitalisés, a indiqué Florent Uzzeni. Mais ce chiffre pourrait rapidement grimper face à la progression de la souche Bundibugyo d'Ebola qui circule dans la région.
Pour le responsable de MSF, la capacité d'accueil doit être doublée, voire triplée, afin de répondre efficacement à l'urgence sanitaire. Les cas suspects devaient également avoir un isolement spécifique en attendant les résultats des analyses.
Autre difficulté majeure évoquée : la lenteur des tests. Les prélèvements effectués à Mongbwalu mettent plusieurs jours avant d'être acheminés et analysés à Bunia. Cette situation bloque les lits d'isolement pendant de longues périodes et ralentit la prise en charge des nouveaux patients.
Les équipes espèrent une rapide réception du dispositif avec des résultats cependant disponibles en moins de 24 heures dans les prochains jours.
Fataki sous surveillance sanitaire renforcée
A Fataki, localité abritant un camp de plus de 65 000 réfugiés, des cas suspects ont également été signalés. Les équipes de MSF et du ministère congolais de la Santé y assurent déjà le suivi des contacts après le décès d'un patient suspecté d'avoir contracté la souche Bundibugyo d'Ebola.
Un espace d'isolement provisoire a été installé afin d'anticiper d'éventuels nouveaux cas. Mais pour Florent Uzzeni, la riposte contre Ebola ne doit pas faire oublier les autres urgences sanitaires auxquelles font face les populations locales.
Il rappelle notamment les besoins persistants en soins maternels, en vaccination infantile, en traitement du paludisme ainsi qu'en accès à l'eau potable, particulièrement limité dans cette zone.
Face à une crise qui évolue rapidement, les acteurs humanitaires appellent à une mobilisation globale pour protéger les populations et éviter une aggravation de la situation sanitaire.






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